Sunday, August 19, 2012

Jeanne Marie, "Revelation" (1849)


"Jeanne Marie" (probably Jenny d'Hericourt) also contributed this poem to l'Opinion des Femmes. A literal, parallel translation is also available at the Libertarian Labyrinth archive.

Révelation.

Mère, comme il fait froid! la terre est toute blanche;
Le mont, déjà trois fois, a roulé l'avalanche;
Un instant a suffi pour chasser les beaux jours
Et dépouiller le val de verdure et d amours.
Les oiseaux frissonnants désertent le bocage,
La plaine est comme un lac immense et sans rivage,
Les pauvres voyageurs errants sur les chemins.
Qu’ils sont infortunés, mère, et que je les plains,
Alors qu'auprès de l'âtre où la flamme pétille,
Lisant à la lueur de la lampe qui brille,
J'entends gronder au loin l'orage, les autans.
A cette heure je prie et conjure les vents
D'épargner le marin qui brave la tempête
Et d'écarter la mort qui plane sûr sa tête;
De faire luire à l'œil du pêcheur malheureux
Quelque fanal béni, quelque point lumineux.
Et lorsque j'ai prié, mon âme est plus contente;
J'entends vibrer en moi comme une voix puissante.
Elle dit : La prière, élan de charité,
Prend le chemin du ciel avec sécurité
C'est le plus pur encens, la plus douce harmonie,
Qui puisse jusqu'à Dieu monter de cette vie
Quand les hommes entr'eux auront assez aimé,
Ils reverront l'Eden à leurs regards fermé
Pour eux, dès ce moment, dépouillé de mystère,
Et sans l'arbre fatal qui perdit notre mère.
Humains, hâtez-vous donc d'amener ce beau jour,
Aimez! aimez encore, Dieu n'est que pur amour!
.   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .
.   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .
Mère. que pensez-vous de cette voix étrange ?
Je pense, enfant béni, que vous êtes un ange,
Auquel, dès ici-bas l’esprit s’est révélé;
Qu'à vous, comme à Moïse, au Christ, il a parlé
Comme eux, il vous faut donc, martyr en cette vie,
Vous résoudre aux douleurs, même à l'ignominie,
Pour prêcher aux humains la loi de vérité,
Qui vous fut dévoilée en un jour de bonté.
Hélas dussiez-vous ne trouver en ce monde,
Qu'injustice et dédain, qu'amertume profonde,
Etre traité de fou, d'infâme, d'imposteur!
Prêchiez, prêchez toujours et laissez au Seigneur
Le soin d ouvrir les yeux à la foule insensée!
Le soldat de son chef connait-il la pensée?
Il marche cependant sur un seul mot de lui,
Prêt à verser son sang demain comme aujourd'hui.
Qu'importe si le grain meurt au sein de la terre
Alors qu'on voit sortir la gerbe de l'ovaire?
Et qu'importe au semeur qu'un autre ait récolté,
Si son salaire un jour est l'immortalité?
Jeanne Marie.

[From l'Opinion des Femmes, 1, 3 (April 10, 1849) 6. Working translation by Shawn P. Wilbur.] 

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